Libertinage (Liberté n°801 du 06-09-10)
Les trois mousquetaires
Le jeune président togolais s’est fait ces derniers temps de nouveaux potes vraiment singuliers qui suscitent à la fois curiosité et inquiétude dans beaucoup de milieux. Le tout nouveau serré-collé de « Faure-vi » est le génocidaire soudanais Omar el-Béchir inculpé par la justice internationale pour les crimes perpétrés dans les provinces rebelles du Darfour. C’est avec ce paria que le fils à papa s’est affiché le 28 août dernier. Officiellement, l’homme « Faure » de Lomé était allé « joindre sa voie à celle de l’Union Africaine qui condamne les mandats lancés par la Cour pénale internationale contre Béchir ». Il n’y aurait pas à redire sur cette visite à Khartoum si l’hôte n’était pas un peu particulier : un hors-la-loi traqué par la justice internationale. Le raïs soudanais parvenu au pouvoir au prix d’un putsch de velours en 1989 est connu comme un criminel génocidaire qui a massacré les populations civiles innocentes au Darfour. En somme, un soutien paradoxal à un potentat dont les milices arabes ont détruit dans l’enfer darfouri des centaines de milliers de villages négro-africains.
Moins d’une semaine après cette visite singulière, le fils du père s’est rendu chez un autre compère tout aussi controversé comme le premier, Paul Kagamé. « Faure-vi » est allé assister à l’investiture de l’homme fort de Kigali consacré avec un score de dictateur, 93%, à la suite d’une élection sur fond de contestations doublées de répressions comme au Togo. L’homme visiblement adore les scores staliniens, puisqu’il avait été élu lors de son premier mandat en 2003 avec un score de 95%. Celui qui a érigé la traque aux opposants en mode de gouvernance, est accablé par un rapport de l’Onu qui implique son armée dans le massacre et génocide généralisé des populations réfugiées en République Démocratique du Congo. Il est également reconnu comme l’un des principaux artisans du chaos qui règne dans les grands lacs ainsi que du renversement de son homologue du Zaïre en 1997, le président Mobutu Sese Seko et surtout de l’assassinat de l’ex-président, Juvénal Habyarimana à l’origine du génocide rwandais qui a fait environ 8 000 morts par jour pendant cent jours. Comme on le voit, cet autre « ami » n’est pas aussi clean. C’est donc avec ces présidents « façon-façon » que « Faure-vi » se lie d’amitié. Bref, les trois mousquetaires sont tous contestés dans leur pays respectif. Comme quoi ceux qui se ressemblent s’assemblent.
Fêtes traditionnelles et culte de la personnalité
Les Togolais sont de plain-pied dans la saison des fêtes traditionnelles. Ce sont les Evalas qui ont ouvert le bal à la mi-juillet. Une fête qu’on affectionne énormément au sommet de l’Etat. Pendant une semaine, l’administration tourne au ralenti, le chef de l’Etat et tout son gouvernement, les directeurs de société, les plantons, tout le monde déserte les bureaux pour la grande vadrouille aux Evalas dans le grand nord. Hormis cette fête où tout le gouvernement, les moyens de l’Etat et les médias sont mobilisés, les autres fêtes traditionnelles considérées comme « inférieures » sont célébrées dans l’anonymat, sous la belle lune, parfois sans camera ni électricité. C’est ça aussi la réalité au Togo.
L’année dernière, présidentielle 2010 oblige, le jeune président avait sillonné les coins et recoins du pays et assisté à toutes les fêtes traditionnelles. Il mettait à profit ces randonnées pour haranguer les foules et faire des promesses et des démonstrations de générosité. Le scrutin passé, le « p’ti » a oublié ceux qui l’ont « élu » pour chercher sa légitimité à l’extérieur. Après les Evalas, beaucoup pensaient que « Faure-vi » allait célébrer Gbagba chez ses oncles à Agou, mais il avait brillé par son absence et son indifférence. Il en est de même pour les autres fêtes traditionnelles, Ayizan, Adzinuku, Agbogbozan, Epe-Ekpe, De Pont’r … où en lieu et place de Faure en personne, ce sont ses posters géants qui ont trôné sur les lieux. Certaines fêtes virent carrément en campagne pour le chef de l’Etat où les fêtards, arborant fièrement les T-shirts griffés « Votez Faure », chantent et dansent au rythme des chansons à la gloire du fils du père. On se demande ce que viennent chercher ces messages à des manifestations purement culturelles.
Au Togo, il n’y a pas de différence entre fête traditionnelle et politique, le Premier togolais étant considéré comme le maître de tout. Tout est donc mélangé. Il se raconte même que les clichés du fils du père étaient en bonne place dans la forêt sacrée de Glidji-Kpodji où se sont déroulées les cérémonies rituelles. Ce que d’aucuns dénoncent comme un sacrilège. Il ne fait aucun doute, c’est le culte de la personnalité qui signe son retour en « faure-ce » sur la terre de nos aïeux. On avait fait la même chose avec le père au point qu’on est parvenu à le déifier. Aujourd’hui c’est le fils qui reprend le flambeau. La rumeur avait couru lors de la présidentielle du 4 mars 2010 que le fils étant né un 6-6-66, il aurait exigé qu’on lui attribue un score de 66% des voix au scrutin. Ce sont des signes qui ne trompent pas.
Yacoubou « Mamadou » sur tous les fronts
Le ministre le plus affairé ces derniers temps dans le gouvernement « Houngbossi II » est sans doute Yacoubou « Mamadou » qui détient le porte-feuille des Arts et de la Culture. Comme le Togo vibre actuellement au rythme des fêtes traditionnelles, il est présent à toutes les manifestations festives : Evalas, « Epé Ekpe », « Adzinukuza », « Agbogboza » et autres. Il doit vraiment profiter de ces occasions pour servir à quelque chose, puisque après cette saison des fêtes traditionnelles, il n’aura pas du boulot à faire et va passer son temps à ronger ses ongles dans le bureau, car le régime qu’il sert a maintes fois, démontré que le développement de la Culture et plus encore, des Arts est le cadet de ses soucis.
D’ailleurs, il doit être beaucoup ennuyé avec son nouveau poste vu qu’il est défenseur des droits de l’Homme. C’est avec ce profil qu’il était nommé ministre des Droits de l’Homme, de la Consolidation de la Démocratie et de la Formation civique dans le gouvernement Houngbo I. Ses détracteurs laissaient entendre qu’il a été débauché à la tête de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) par le régime pour acheter son silence. Mais lui, il faisait croire qu’il était parti au gouvernement pour pouvoir mieux lutter contre les violations des droits de l’Homme. Ces violations ont pris une grande ampleur à « Gnassingbéland », mais il a passé tout son temps au « Mangeons Club » à applaudir son bienfaiteur Gnass II. Il n’a pu rien faire, si ce n’est que défendre son ventre à la mangeoire. Et pour ne pas le remercier en monnaie de singe, le « p’ti » a su lui créer de toutes pièces cette « tôlerie » des Arts et de la Culture.
« Houngbossi » «mange» son anniversaire
7 septembre 2008-7 septembre 2010, il y a deux ans que le PNUDien Gilbert Fossoun Houngbo est nommé à la tête de la Primature. Le Premier ministre d’alors Komlan « Bamako » avait été emporté par les pluies diluviennes de juillet 2008. A sa nomination, le technocrate, très enthousiasmé, avait présenté un visage d’un travailleur. A la différence de ses prédécesseurs, Gilbert von Houngbo avait séduit beaucoup de Togolais qui croyaient qu’il allait opérer un miracle. D’ailleurs il disait à qui voulait l’entendre qu’il est un Afro-optimiste et un keynésien convaincu.
On nous rebattait les oreilles que le « p’ti » a opéré un grand coup en allant chercher un oiseau rare pour faire venir les pilleurs, pardon, les bailleurs de fonds pour le décollage de l’économie togolaise. On se rappelle que le Fils d’Agbandi même faisait des pérégrinations à renforts de publicité pour faire croire que le Togo va dépasser bientôt Dubaï. Il a osé même promettre aux Togolais de changer leur vécu quotidien en six mois ni plus ni moins. Mais au finish, il a échoué et s’est muré dans un silence assourdissant. Tout ce qu’on met à son actif, c’est la construction des routes en latérite qui parfument les Togolais de poussière.
Les « Gnassingbélandais » ne reconnaissent plus Gilbert Houngbo. Ils se demandent où se trouve son dynamisme d’antan. Il est broyé par le système et toutes ses actions visent simplement à plaire au Fils de la nation. Il se raconte qu’il a su vite assimiler les habitudes de la maison et peut damer le pion à n’importe quel baron du clan. On susurre d’ailleurs depuis quelques temps que le Technocrate effectuerait des dépenses à la manière des « RePTiles ». Après donc deux ans à la tête de la primature, le bilan est négatif.
Un kaléidoscope des violations de la constitution au Togo
« Je jure de respecter et défendre la constitution …». C’est en ces termes que le 3 mai dernier le fils de la « gnassion » prêtait serment dans la forêt classée de Lomé II au cours d’une triste et pâle cérémonie qui a regroupé en ces lieux quatre chefs d’Etat de la sous-région et une foule de thuriféraires « vuvuzélistes » du Rassemblement des « Patapatô » du Togo (Rpt). Beaucoup étaient les Togolais qui n’ont pas cru en ce verbiage chafouin du célibataire endurci de la « gnassion ». « Protéger quelle constitution ? Avait réagi une dame. Depuis quand un Gnassingbé protége-t-il la constitution du Togo ? Leur sport favori c’est de la violer et la re-violer à volonté ». Les faits donnent aujourd’hui totalement raison à cette dame qui avait très tôt décelé que cette promesse n’était qu’une arnaque et que l’amoureux des virées au septième (7ème) ciel, pardon, des voyages en avions ne faisait qu’amuser le peuple.
Le président des « RePTIles », celui que ses affidés nommaient pompeusement « l’homme nouveau à esprit nouveau » (qualifiant sans le dire, son père d’esprit ancien), s’est révélé à l’heure du bilan, un « homme ancien à esprit très ancien ». Voici un kaléidoscope des multiples atteintes et violations que le « P’ti » a portées à la constitution du Togo:
- Atteintes aux libertés de rassemblement et de manifestation : dispersion violente et sans motif de manifestations politiques et syndicales.
-Atteinte aux libertés religieuses : bouclage des lieux de cultes par les yes-man du clan et recours à la violence sur les fidèles, cas de l’Eglise Méthodiste Salem de Hanoukopé.
-Atteinte à la dignité des citoyens : attouchement vaginaux et viols des femmes par la soldatesque à la solde du régime, emprisonnement abusif des citoyens pour un oui ou un non.
-Atteinte à la liberté d’opinion et d’expression : menaces et intimidations à l’endroit des journalistes, tirs de gaz contre les journalistes, enlèvement et bastonnade de journalistes (cas Didier Ledoux), plaintes fantaisistes portées contre des organes de presse critiques.
-Crimes économiques : détournement de fonds au sein des sociétés d’Etat et promotion des responsables de ces crimes.
-Ingérences iniques de l’Exécutif dans le judiciaire : dissolution abusive de partis politiques légalement constitués et reconnus par la Cour constitutionnelle, liquidation par l’Etat de sociétés privées sans une décision judiciaire (cas de ReDéMaRe).